La margarine occupe une place singulière dans l’alimentation moderne. Présente dans de nombreux foyers et industries agroalimentaires, elle fait l’objet de débats nutritionnels et de choix de consommation réfléchis. Longtemps considérée comme une alternative au beurre, la margarine a évolué au fil du temps, tant dans sa composition que dans ses usages. Comprendre ce produit, ses origines et ses enjeux permet de mieux l’intégrer à une alimentation équilibrée. Dans cet article, nous allons explorer en profondeur l’histoire de la margarine, son cadre réglementaire, ses applications aussi bien domestiques qu’industrielles, ses effets sur la santé, ainsi que son poids économique et sociétal. Suivez-nous pour une immersion complète dans l’univers de la margarine.
Origines et évolution de la margarine

Naissance de la margarine : un produit de substitution
L’histoire de la margarine commence en France, en 1869, lorsque Hippolyte Mège-Mouriès invente ce produit dans un contexte de pénurie de beurre. L’Empereur Napoléon III lance en effet un concours pour trouver un substitut moins coûteux au beurre, destiné à l’armée et aux classes populaires. Mège-Mouriès crée alors une émulsion d’eau et de graisse animale, principalement du suif, malaxée avec du lait pour en améliorer le goût. Cette découverte marque le début de l’aventure de la margarine.
Très vite, la margarine traverse les frontières et séduit d’autres pays européens, puis les États-Unis. Dès la fin du XIXe siècle, la fabrication évolue : la graisse animale est progressivement remplacée par des corps gras d’origine végétale, notamment l’huile de coton, puis l’huile de tournesol, de soja ou de colza.
Évolutions technologiques et industrielles
Au XXe siècle, la margarine connaît des améliorations majeures, notamment grâce à l’hydrogénation, un procédé permettant de solidifier les huiles végétales. Ce processus, s’il garantit une meilleure conservation et une texture proche du beurre, génère cependant la formation d’acides gras trans – dont les effets néfastes sur la santé seront reconnus plusieurs décennies plus tard.
À partir des années 1990, sous la pression des autorités sanitaires et des consommateurs, l’industrie reformule les margarines pour réduire ou éliminer les acides gras trans. Aujourd’hui, la plupart des margarines disponibles sur le marché sont fabriquées à partir d’huiles végétales non hydrogénées, riches en acides gras insaturés, et peuvent contenir divers ajouts : vitamines, arômes, agents texturants, etc.
- 1869 : Invention de la margarine par Hippolyte Mège-Mouriès
- Fin XIXe : Passage des graisses animales aux huiles végétales
- XXe siècle : Introduction de l’hydrogénation
- Années 1990 : Réforme des procédés pour éliminer les acides gras trans
- Années 2000 : Apparition de margarines enrichies en oméga-3, phytostérols, etc.
La place de la margarine dans les habitudes alimentaires
De produit de substitution, la margarine est devenue un ingrédient à part entière dans la cuisine familiale comme industrielle. Sa notoriété et son image ont évolué selon les époques et les recommandations nutritionnelles. En France, la consommation de margarine reste inférieure à celle du beurre, mais elle progresse auprès des consommateurs soucieux de réduire leur consommation de graisses saturées et d’opter pour des alternatives végétales.
Cadre législatif et réglementation de la margarine
Définitions et normes officielles
La production et la commercialisation de la margarine sont strictement encadrées par la législation européenne et française. Selon le règlement (UE) n° 1308/2013, la margarine est définie comme une émulsion d’eau dans des matières grasses, contenant au moins 80 % de matières grasses et ne dépassant pas 16 % d’eau. Il existe également des « minarines » ou margarines allégées, dont la teneur en matière grasse varie de 10 % à 62 %.
Le décret français du 29 juin 1988 précise la dénomination « margarine » et ses obligations en matière d’étiquetage, de composition et d’ajouts (vitamines A et D obligatoires dans certains cas). Les additifs, colorants et arômes autorisés sont également réglementés, de même que l’utilisation de graisses partiellement hydrogénées, désormais quasi absente des recettes actuelles.
- Teneur minimale en matières grasses : 80 % pour la margarine classique
- Obligation d’ajout de vitamines A et D pour compenser l’absence naturelle
- Contrôle strict des additifs, colorants et agents de texture
- Interdiction progressive des acides gras trans d’origine industrielle
Étiquetage et allégations nutritionnelles
L’étiquetage des margarines est régi par le règlement INCO (Règlement UE n° 1169/2011), qui impose la mention de la liste des ingrédients, de la valeur énergétique, et de la teneur en matières grasses, acides gras saturés, etc. Les margarines enrichies en oméga-3, phytostérols ou autres nutriments doivent mentionner ces ajouts et peuvent, sous conditions, revendiquer certaines allégations santé, comme « contribue au maintien d’une cholestérolémie normale ».
Législation internationale et différences nationales
Si la réglementation européenne harmonise les grandes lignes, quelques différences subsistent selon les pays. Par exemple, la couleur de la margarine a longtemps été un enjeu aux États-Unis, où des lois imposaient de la vendre blanche pour ne pas concurrencer le beurre. En France, la volonté d’éviter toute confusion avec le beurre se traduit par l’interdiction d’utiliser le mot « beurre » dans la dénomination commerciale des margarines, même si elles sont aromatisées ou colorées.
Fabrication et composition de la margarine

Les matières premières utilisées
La margarine est élaborée à partir d’un mélange d’huiles végétales (tournesol, colza, soja, palme, coco, etc.), d’eau, de sel, d’émulsifiants (lécithine de soja, mono- et diglycérides d’acides gras), et parfois de lait, de colorants, d’arômes et de vitamines. Le choix des huiles détermine la texture, le goût et le profil nutritionnel du produit.
La tendance actuelle privilégie les huiles riches en acides gras insaturés, notamment le colza pour ses oméga-3, et le tournesol oléique pour sa stabilité à la cuisson. L’huile de palme, longtemps utilisée pour sa consistance, est de plus en plus remplacée ou certifiée durable en raison de son impact environnemental.
Le procédé de fabrication étape par étape
- Mélange des huiles : sélection et dosage des différentes huiles selon la recette
- Émulsification : incorporation de l’eau et des additifs pour former une émulsion stable
- Refroidissement et malaxage : la pâte est refroidie et travaillée pour obtenir la texture souple
- Conditionnement : la margarine est conditionnée en barquettes, blocs ou portions individuelles
- Stockage et distribution : contrôle qualité avant expédition vers la grande distribution ou l’industrie
Comparatif : margarine vs beurre
La margarine est souvent comparée au beurre, mais leurs profils nutritionnels et usages diffèrent sensiblement. Voici un tableau comparatif pour mettre en évidence leurs principales différences :
| Caractéristique | Margarine (classique) | Beurre |
|---|---|---|
| Origine | Huiles végétales | Lait de vache (crème) |
| Matière grasse (%) | 80-82 | 82 |
| Acides gras saturés (%) | 15-30 | 55-65 |
| Acides gras insaturés (%) | 50-70 | 30-40 |
| Cholestérol | 0 mg | 210 mg/100g |
| Vitamines ajoutées | A, D (obligatoires) | A, D (naturelles) |
| Calories (pour 100g) | 720 | 745 |
| Allergènes | Parfois soja, lait | Lait |
| Prix moyen (€/kg) | 2 à 4 | 6 à 10 |
Ce comparatif met en avant la teneur moindre en acides gras saturés et en cholestérol de la margarine par rapport au beurre, ainsi que sa composition essentiellement végétale. Cependant, le beurre reste privilégié pour son goût et ses usages en pâtisserie traditionnelle.
Les différents types de margarines
- Margarines « classiques » (80 % MG) pour tartiner ou cuisiner
- Margarines allégées (10 à 62 % MG) pour les régimes hypocaloriques
- Margarines enrichies en oméga-3 ou phytostérols pour la santé cardiovasculaire
- Margarines spéciales cuisson, pâtisserie ou feuilletage pour l’industrie
- Margarines végétaliennes garanties sans produits laitiers
Applications culinaires et industrielles de la margarine
Usages domestiques de la margarine
La margarine est appréciée pour sa facilité de tartinage, même à la sortie du réfrigérateur. Elle peut remplacer le beurre dans la plupart des recettes, qu’il s’agisse de pâtisserie (gâteaux, cakes, crêpes), de cuisine salée (purées, sauces, poêlées) ou de tartines pour le petit déjeuner. Certaines margarines sont spécialement formulées pour la cuisson à haute température, permettant de saisir viandes et légumes sans brûler.
Voici quelques exemples de recettes où la margarine peut être utilisée :
- Gâteaux moelleux et cakes
- Crêpes et pancakes
- Purées de légumes
- Sauces béchamel allégées
- Poêlées de légumes ou de pommes de terre
- Tartines pour le petit-déjeuner
La margarine est aussi plébiscitée par les personnes intolérantes au lactose ou suivant un régime végétalien (vegan), à condition de choisir une margarine garantie sans produits laitiers.
Applications industrielles de la margarine
L’industrie agroalimentaire utilise la margarine pour ses propriétés techniques : plasticité, stabilité, résistance à l’oxydation, coût attractif. Elle est présente dans la fabrication de viennoiseries (croissants, pains au chocolat), de biscuits, de pâtes feuilletées, de margarines à tartiner, mais aussi dans de nombreux plats préparés et produits transformés.
- Pâtisserie industrielle : feuilletage, brioches, biscuits
- Restauration collective : sauces, gratins, plats préparés
- Produits végétaliens : alternatives au beurre dans les desserts et plats préparés
- Formulations sur-mesure pour répondre à des cahiers des charges spécifiques (texture, point de fusion, goût)
Les margarines industrielles sont souvent adaptées en fonction de l’application recherchée, avec des profils d’acides gras, des points de fusion et des arômes différents.
Avantages techniques de la margarine en cuisine
Par rapport au beurre, la margarine présente plusieurs avantages techniques :
- Meilleure résistance à la chaleur pour la cuisson et la friture
- Texture plus souple facilitant le mélange dans les pâtes
- Moindre coût de revient pour les professionnels
- Possibilité d’adapter la composition (allégée, enrichie, végétalienne, etc.)
- Stabilité de conservation plus élevée
En pâtisserie, certaines margarines spécifiques permettent d’obtenir des feuilletages plus réguliers et une meilleure tenue des viennoiseries, tout en réduisant la teneur en graisses saturées.
Margarine et santé : bénéfices, controverses et recommandations

Profil nutritionnel de la margarine
La margarine est principalement composée d’acides gras insaturés (mono- et polyinsaturés), qui sont reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire. Contrairement au beurre, elle ne contient pas de cholestérol car les huiles végétales en sont dépourvues. Les margarines actuelles sont également enrichies en vitamines A et D pour compenser l’absence naturelle de ces nutriments dans les huiles végétales.
Voici les valeurs nutritionnelles moyennes pour 100 g de margarine classique :
- Énergie : 720 kcal
- Matières grasses : 80 g (dont 15-30 g d’acides gras saturés)
- Acides gras insaturés : 50-70 g
- Cholestérol : 0 mg
- Vitamines ajoutées : A (800 µg), D (7,5 µg)
Acides gras trans : mythe et réalité
Les acides gras trans industriels, produits lors de l’hydrogénation partielle des huiles, ont longtemps été présents dans les margarines. Ils sont désormais quasi absents grâce à l’évolution des procédés de fabrication. Selon l’ANSES, la consommation moyenne en France est aujourd’hui inférieure à 0,5 % de l’apport énergétique total, bien en dessous du seuil maximal recommandé (2 %).
Les margarines actuelles ne doivent plus être associées aux risques liés aux acides gras trans, mais il reste important de lire les étiquettes pour éviter les exceptions, notamment dans certains produits importés.
Margarine, cholestérol et santé cardiovasculaire
Les margarines enrichies en phytostérols ou oméga-3 visent à réduire le cholestérol sanguin et à améliorer la santé cardiovasculaire. Plusieurs études montrent une diminution de 7 à 10 % du LDL-cholestérol (« mauvais cholestérol ») lors d’une consommation régulière de 2 g de phytostérols par jour. Ces margarines sont recommandées aux personnes présentant un excès de cholestérol, mais leur usage ne se substitue pas à un régime alimentaire équilibré et à une activité physique régulière.
Les margarines à base d’huiles de colza ou de lin apportent également des oméga-3, essentiels au bon fonctionnement du système nerveux et à la prévention des maladies cardiovasculaires.
Controverses et précautions d’emploi
La margarine a longtemps pâti de son image industrielle et des polémiques autour de l’huile de palme, des additifs ou des procédés chimiques. Aujourd’hui, la transparence s’est accrue et l’offre s’est diversifiée, avec des margarines bio, sans huile de palme, ou issues de l’agriculture durable. Il reste néanmoins conseillé de :
- Privilégier les margarines sans huile de palme ou avec huile de palme certifiée RSPO
- Vérifier l’absence d’acides gras trans sur l’étiquetage
- Varier les sources de matières grasses dans l’alimentation
- Éviter les margarines trop transformées ou trop riches en additifs
Il est recommandé d’utiliser la margarine dans le cadre d’une alimentation équilibrée, en alternance avec d’autres sources de bonnes matières grasses (huile d’olive, noix, avocats, etc.).
Marché, économie et perspectives de la margarine
État du marché mondial et européen
Le marché mondial de la margarine est estimé à plus de 13 milliards d’euros en 2022, avec une croissance annuelle de 2 à 3 %. L’Europe reste le premier marché, avec l’Allemagne, la France et les Pays-Bas en tête des pays consommateurs. Les innovations (enrichissement, bio, sans huile de palme) dynamisent le secteur et élargissent la clientèle vers les consommateurs soucieux de leur santé ou de l’environnement.
En France, la consommation annuelle avoisine 4 kg par personne, contre 8 kg pour le beurre. La margarine représente environ 25 % du marché des matières grasses à tartiner, avec une progression régulière des margarines végétaliennes et enrichies.
Principaux acteurs et tendances
- Un marché dominé par quelques grands groupes : Upfield (ex-Unilever), Lesieur, Vandemoortele, Lactalis, etc.
- Montée en puissance des marques distributeur (MDD) et des acteurs bio
- Développement des gammes vegan et sans huile de palme
- Innovation autour de la nutrition : oméga-3, phytostérols, probiotiques
Les industriels investissent dans la recherche pour répondre aux attentes de naturalité, de transparence et de développement durable, tout en maîtrisant les coûts de production.
Enjeux environnementaux et sociétaux
La question de l’empreinte écologique de la margarine est centrale. L’huile de palme, longtemps incontournable pour sa texture, est critiquée pour son impact sur la déforestation. En réponse, les fabricants s’orientent vers des huiles certifiées durables (RSPO), ou vers d’autres huiles moins controversées (colza, tournesol). Les margarines bio et éco-responsables gagnent du terrain. L’emballage, la gestion de la chaîne logistique et la réduction des additifs figurent également parmi les axes d’amélioration.
D’un point de vue sociétal, la margarine contribue à l’accessibilité des matières grasses pour tous, en particulier dans les périodes de pénurie ou dans les régions où le beurre est rare ou coûteux. Son développement s’inscrit dans la tendance actuelle vers des produits plus végétaux et plus responsables.
- La margarine, née en France, est devenue une alternative végétale au beurre, plébiscitée pour ses qualités nutritionnelles.
- Les margarines modernes, sans acides gras trans, sont encadrées par une réglementation stricte et se déclinent en de nombreuses variétés (classiques, allégées, enrichies, vegan).
- Bien choisir sa margarine, en privilégiant les produits sans huile de palme et enrichis en oméga-3, s’inscrit dans une alimentation saine et responsable.
En conclusion, la margarine a su s’imposer comme un produit du quotidien, à la fois accessible, polyvalent et en constante évolution. Issue d’une innovation française, elle s’est adaptée aux exigences des consommateurs et aux avancées de la science nutritionnelle. Si le beurre conserve une place de choix dans la gastronomie hexagonale, la margarine s’affirme comme une alternative crédible pour ceux qui cherchent à réduire leur consommation de graisses saturées, à diversifier leurs apports en matières grasses ou à privilégier une alimentation plus végétale. Les progrès techniques et réglementaires ont permis d’offrir aujourd’hui des margarines de qualité, saines, et adaptées à tous les profils de consommateurs. Enfin, face aux enjeux environnementaux et économiques, la filière margarine s’engage dans une transition vers des modes de production plus responsables. Faire le choix de la margarine, c’est donc aussi s’inscrire dans une démarche consciente, informée et respectueuse de sa santé comme de la planète.
